Installée le 27 mars dernier, lors de l’Assemblée Générale de la CCI Dordogne, la commission Attractivité Territoriale a défini sa feuille de route pour les 5 ans à venir : renforcer le lien entre l’entreprise et son territoire, afin que ce dernier bénéficie d’infrastructures de transport et communication performantes. La rédaction de REPERES a rencontré son Président, Jean-Baptiste Van Eslande, membre élu de la CCI Dordogne et Directeur Général de Fromarsac.

REPERES : Quel va être le rôle de la commission Attractivité Territoriale ?

Jean-Baptiste VAN ESLANDE : Notre volonté, au sein de cette commission est de donner au tissu économique du territoire les moyens de réaliser toutes ses ambitions, qui sont nombreuses et légitimes. La Dordogne est au cœur d’une nouvelle région riche en opportunités, la Nouvelle Aquitaine connait en effet un dynamisme économique exceptionnel. Cette effervescence entrepreneuriale, qui s’illustre chaque jour en Dordogne à travers l’émergence de pépites innovantes. Elle implique que la plus grande attention soit portée à l’aménagement du territoire. Mobilité, accessibilité, connectivité sont en effet des enjeux cruciaux pour la compétitivité des entreprises et la qualité de vie de leurs salariés. Sur ces questions, nous souhaitons apporter notre expertise, en conjuguant les enjeux économiques, urbains et sociétaux à moyen et long termes. Nous portons la parole des entreprises et sommes à leur écoute, dès que leurs intérêts sont en jeux en matière d’aménagement du territoire.

REPERES : Dans l’immédiat, quels sont vos dossiers prioritaires ?

Jean-Baptiste VAN ESLANDE : Notre priorité est de réduire l’enclavement du département. Nous ne partons heureusement pas d’une feuille blanche, puisque la Dordogne bénéficie déjà de certaines infrastructures performantes. Je pense bien entendu à l’Aéroport Bergerac Dordogne Périgord et ses liaisons à l’international, que ce soit vers le Royaume-Uni ou le Benelux. Je pense aussi à l’A89, qui fait aujourd’hui partie du paysage, et qui est le fruit du long travail de lobbying mené par l’ensemble des CCI, de Lyon à Bordeaux.
Mais face à ces atouts, nous avons encore du retard sur certains axes. La RN21 et d’une manière plus générale, l’axe routier nord sud du département n’est pas au niveau de nos exigences. On ne peut plus se contenter de cette route nationale, lente et accidentogène pour traverser le département. La CCI Dordogne, avec l’ensemble des CCI des territoires traversés, milite activement pour une mise à 2X2 voies express, de Limoges aux Pyrénées.
Le Numérique reste également un point noir du département. La campagne de déploiement du très haut débit sur le territoire lancée par le Conseil Départemental représente un budget de 165 millions d’euros dont le tiers (57 millions) n’a, à ce jour, pas été notifié par le Gouvernement, et reste suspendu aux résultats des prochaines élections. Un tel flou n’est pas acceptable pour nous. Comment convaincre des investisseurs de nous rejoindre en Dordogne si une infrastructure aussi essentielle n’est pas actée et financée ? De plus, au lieu d’un déploiement général sur le territoire, nous estimons qu’il est nécessaire de recentrer ces équipements sur des zones stratégiques, notamment les zones d’activité économique (ZAE) prioritaires.
Les ZAE, justement, doivent aussi être repensées. Elles sont aujourd’hui pléthore sur le département, mais beaucoup trop dispersées et loin de la taille critique qu’elles devraient atteindre. Nous pensons qu’elles doivent être sectorisées. Nous avons des entreprises qui peuvent et doivent être regroupées en fonction de leur activités. Certains peuvent jouer le rôle de locomotives, de leader, pour attirer d’autres investisseurs et développer ainsi des écosystèmes économiques attractifs et dynamiques. Nous allons rapidement cartographier ces entreprises pour que les futurs chefs d’entreprises sachent où s’implanter avec succès en Dordogne.

REPERES : L’actualité vous rattrape et il reste un autre combat à mener, celui du désenclavement ferroviaire…

Jean-Baptiste VAN ESLANDE : C’est là encore un combat de longue date, mais aujourd’hui il y a urgence, en particulier pour la liaison Sarlat Bergerac Libourne Bordeaux. Pour l’ensemble des habitants de la vallée de la Dordogne, la rénovation de cette ligne est un enjeu primordial parce que qu’elle assure le lien avec la nouvelle Ligne à Grande Vitesse (LGV) Paris-Bordeaux et parce qu’elle dessert l’ensemble de la vallée, de Sarlat jusqu’à Libourne et Bordeaux. L’ouverture prochaine de la LGV va offrir de nouvelles chances de développement à la Nouvelle Aquitaine. La facilité et la sécurité d’accès à cette LGV sont essentielles. Il en est de même pour la rénovation de la totalité de la ligne, qui est vitale pour assurer les déplacements quotidiens des entrepreneurs, salariés, patients, scolaires et étudiants, qui ont besoin de rejoindre les entreprises, les lieux de soins ou de consultation, les établissements scolaires et universitaires situés sur la vallée ou dans l’agglomération bordelaise.
Aujourd’hui, la situation est inacceptable puisqu’il existe un très grand risque que cette rénovation ne puisse se faire, faute de moyen. En renvoyant sur les « collectivités locales » une part importante du financement -6,75 millions d’euros sur 45 millions-, le contrat de plan Etat-Région (CPER) 2015-2020 ne tient aucun compte des capacités contributives réelles des collectivités dont les ressources ont été, de surcroît, gravement affaiblies par la baisse des dotations de l’Etat ces dernières années. Contrairement à toute logique d’aménagement du territoire, ce plan de financement met à la charge de territoires officiellement considérés comme fragiles -tant par l’Etat que par la Région- des contributions qui ne sont pas demandées aux territoires mieux pourvus.
Ainsi, avec les intercommunalités et nos homologues des Chambres de métiers et d’Agriculture, nous entendons être reçus dans les meilleurs délais, par le préfet de la Région Aquitaine, par le président de la Région Nouvelle Aquitaine et par le président de la SNCF afin que soient rapidement réexaminées les conditions de financement. Une fois encore, il en va de l’avenir économique de territoires qui sont déjà en souffrance et qui ne peuvent se permettre de prendre un nouveau retard.

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